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La première mention de l'existence de Gessopalena
remonte au IXème siècle. On la trouve dans le "Memoratorium"
de Bertario, abbé de Montecassino de 856 à 883. Parmi les propriétés
de l'abbaye, situées entre le Sangro et l'Aventino, il y avait aussi le
"Castellum de Gessi". Quelques
siècles plus tard, une Bulle du Pape Nicolas II parle du village de
"Gipso de Domo". Tous les noms des villages voisins de la
ville romaine de Juvanum se terminent par "domo". Certains d'entre
eux conservent encore ce suffixe dans leurs noms modernes: Montenerodomo,
Pennadomo. La Bulle du Pape Nicolas II parle aussi de la "pieve di
S. Maria", qui correspond au lieu où s'élève aujourd'hui l'église
de SS. Maria Maggiore, entièrement reconstruite à la fin du XIXème siècle,
et qui se trouve au pied de la colline crayeuse qui a donné son nom au
village. On peut penser que l'installation des habitants sur la colline
de craie aie eu lieu vers l'an Mille, pendant la domination normande sur
le Sud de l'Italie.
A Gessopalena, il reste seulement deux traces de
cette domination: le nom populaire avec lequel on désigne le Paese
Vecchio (Vieux Village): "A monte per la Terra",
"terra" signifiant ici "paese" (village). La deuxième
est visible dans la structure du petit portail de l'Annunziata (XIII/XIVème
siècle) qui fut installé vers 1930, sur le côté nord de SS. Maria
Maggiore, après avoir été déplacé de l'église du même nom qui se
trouvait au Paese Vecchio et qui menaçait de s'écrouler. Les deux
lions ailés du portail (dont l'un a perdu la tête lors du transport
vers le site actuel) étaient encastrés en haut, sur les deux côtés
de l'arcade gothique, comme dans d'autres églises de la région (S.
Agostino à Lanciano) en utilisant une téchnique qui, selon Priori,
remonte justement à la période normande.
Selon Gennaro Finamore, le premier centre habité se trouvait à
Valle Sorda, une ruelle qui part vers la gauche à la première
bifurcation juste après l'arc situé à l'entrée du village (vestige
d'un ancien portique du Palais Persiani). Si par contre, on continue
tout droit, on entre dans la Via Castello. Si l'hypothèse de Finamore
est juste, Valle Sorda (dont les maisons ont été malencontreusement
abattues en 1974) formait un tout avec la "pieve di S. Maria".
Les vieux villageois parlent souvent d'une gallerie souterraine qui
unissait les deux sites. En fait, la "pieve di S.Maria" était
reliée à Valle Sorda par la Via del Gallo qui a disparu dans les
fondations du Palais Persiani entre le XVIIème et XVIIIème siècle.
Finamore signale l'existence d'une espèce de tour ou d'arcade qui se
trouvait juste après l'église de SS. Maria Maggiore. Cette localité
était déjà appelée Terranova au début du XIXème siècle. La zone désignée
par ce toponyme s'est déplacée de plus en plus au sud au fur et à
mesure que des nouvelles maisons étaient construites sur l'actuelle Via
Peligna. L'arcade citée par Finamore marquait probablement la vraie
entrée du village qui, en 1173, d'après les nouvelles contenues dans
une Bulle du Pape Alexandre III, avait encore le château, déjà
mentionné par l'Abbé Bertario, d'où Via Castello (Rue du Château).
Aujourd'hui, il ne reste aucune trace visible de ce château.
La Via Castello aboutit en haut du Paese Vecchio, à
Piè di Castello. Sur la droite, on aperçoit un escalier qui conduit
à l'église (d'origine médiévale) de Sant'Egidio, qui était une
abbaye au XVIème siècle; sur la gauche, une petite place, très
endommagée, appelée Largo del Principe. En observant le site, on peut
penser que le château, s'il a jamais existé, s'élevait à la droite
de S. Egidio, au-dessus des caves creusées dans la roche encore
visibles aujourd'hui. En haut, on aperçoit l'église de l'Annunziata
(on peut voir le sol, l'entrée de l'ossuaire et, au fond, un reste de
paroi "en voile"). Outre cela, il n'y a que des caves,
probables vestiges d'une demeure aisée, peut-être le château, l'église
de l'Annunziata en ayant été la chappelle privée.
Sur le territoire communal, il y avait une multitude d'églises
et de monastères, dont il reste les toponymes et quelques bâtiments
croulants. Dans Via Castello, on compte quatre églises: sur la gauche,
en montant, il y a l'église de S. Antonio, exemple de façade néoclassique,
la chappelle de la famille Tozzi, qui soutient encore une aile de la
maison presque entièrement détruite pendant la dernière guerre. Cette
petite église fut construite dans la deuxième moitié du XIXème siècle,
pour remplacer l'église originale, emportée par un éboulement de
terrain. Elle se trouvait, en effet, sur le côté est de la colline,
fragilisé dès la moitié du XVIIIème par des éboulements successifs.
En face de S. Antonio, il y a les restes imposants de S. Maria del
Rosario. Son clocher a été utilisé jusqu'en 1956. La dévotion à La
Madonna del Rosario dans les pays catholiques remonte à la bataille de
Lepanto en 1571 (à laquelle prit part un certain Giuseppe Persiani,
commandant d'un navire vénitien et originaire de Gessopalena). Cette église
a changé plusieurs fois de nom si l'on en croit les écrits relatant
les visites pastorales entre 1300 et 1500. Nicola Cavaliere suggère
qu'elle fut appelée San Valentino Martire. S. Valentin fut proclamé
protecteur du village après la peste de 1656. Après le Rosario, on
rencontre les églises de S. Egidio et de l'Annunziata. La première est
restée un lieu de culte jusqu'au début du XXème siècle.
La dernière
cérémonie religieuse, un mariage, y fut célébrée en 1908. En 1327,
le Béat céléstin Roberto da Salle fonda ou restaura le couvent de S.
Giovanni Battista, à l'endroit où on trouve aujourd'hui la peausserie.
Parmi les disciples de Célestin V (le Pape du "grand refus"),
il y avait aussi Frà Rinaldo da Gesso. Un autre monastère, S. Maria
de' Calderari, plus tard S.Pietro Confessore, fut dédié à Celestin V.
Cette abbaye connut une histoire plutôt tourmentée.
Le nom GESSOPALENA apparait après 1481, lorsque la "terra
del Gisso" , comme l'appelle Benedetto Croce, fut englobée dans la
Contée de Palena, fondée par Ferdinand d'Aragon, roi de Naples, qui la
donna à Matteo di Capua et à ses descendants.
La colline de craie a donné du travail pendant des siècles à
des centaines de "gessaroli" (gens travaillant la craie), dont
Via dei Gessaroli entre Valle Sorda e Via Castello: le matériel avec
lequel fut construite Juvanum provenait probablement de Gessopalena.
Tous les villages alentours achetaient de la craie aux "gessaroli
gessani", qui la transportaient à dos d'ânes et de mulets jusqu'à
l'autre versant de la Majella, en passant par les sentiers de Guado di
Coccia au-dessus de Palena. On s'improvisait "gessaroli" en
demandant une concession à la Mairie pour pouvoir creuser, puis cuire,
battre et produire de la craie. L'extraction de la craie était réglée
par un statut. Il s'agissait de travailleurs autonomes qui creusaient la
roche et construisaient des fours de tout respect (certains sont encore
visibles et contiennent encors leur lot de craie à cuire). Pourtant,
ces "gessaroli" ne ressemblaient en rien aux deux grandes
entreprises qui, dans l'après-guerre, dévastèrent tout le côté
oriental de la masse rocheuse (c'était la période de la reconstruction
à Gessopalena comme ailleurs) et causèrent un nombre infini d'écroulements.
Les églises de S.Egidio et de l'Annunziata croulèrent dans cette période.
La structure en forteresse ("a rocca") du Paese Vecchio
lui permit de se protéger contre les pestes et le brigandage. Dans le
catalogue des Barons, on parle d'un village sur la Morgia, une lame
calcaire en face du Paese Vecchio, qui s'appelait Peschio Rotico: il
disparut après la peste de la fin du XVIème siècle, celle racontée
par Boccace. Mais, Gipso de Domo resista aussi aux épidémies
suivantes. Entre les premières maisons du village et SS. Maria
Maggiore, une rue très raide croise ce qu'il reste de Via del Gallo et
termine devant la petite église de san Rocco, citée lors d'une Visite
Pastorale de 1568 et qui, par sa position (pratiquement à l'entrée du
centre habité et sur le chemin qui menait aux fontaines et aux
ruisseaux, réserves hydriques de l'époque), semble avoir servi comme
lieu d'arrêt pour les étrangers (particulièrement pour les
quarantaines) et comme lieu de dévotion au Saint Soigneur. Dans les
autres villages, la location des églises dédiées à S. Rocco est
semblable.
A part les
"gessaroli", qui n'étaient certainement pas des bourgeois,
les activités productives étaient essentiellement l'artisanat (les
dentelles de Gessopalena et de Pescocostanzo sont reconnues comme les
plus typiques des Abruzzes) et l'agriculture (élevages d'ovins). L'actuelle
Piazza Roma (dite Piazza Vicenna jusqu'à la prise de Rome en 1870), était
traversée par un "tratturo" (chemin suivi par les bergers
quand ils déplaçaient leurs troupeaux) provenant de Torricella Peligna
et conduisant à Casoli. C'était une bifurcation du
"tratturo" L'Aquila-Foggia reliant l'Aventino avec le Sangro
à travers Palena, Juvanum, Torricella et Bomba. Le chemin, de Piazza
Roma, descendait dans Via Palazzo, qui prend son nom du Palais construit
au début du XVIIIème siècle par les parents de Enrico Finamore, père
de Gennaro, (les restes de la maison furent définitivement abattus en
1974). Le Palais Finamore se trouvait déjà extra-muros.
Entre 1600 et
1700, plusieurs maisons de nobles furent construites ou restructurées
dans le Paese Vecchio. Aujourd'hui, on peut en admirer une seule, la
plus belle, d'après les vieux villageois qui virent les autres avant la
guerre: c'est le Palais Persiani, à l'entrée du bourg. Un long
portique, dont il reste une seule arcade, juste après la bifurcation
pour Valle Sorda, couvrait Via Castello. Après, il y avait le Palais
Tozzi et, plus loin sur la gauche, le Palais Pellicciotti, dont les murs
périmètraux soutiennent une terrasse qui donne sur un belvédère
spectaculaire sur la Majella.
Les automobilstes, provenants de
Torricella, ont une vue unique sur le côté ouest du Paese Vecchio. En
face du Palais Pellicciotti, on trouve des locaux restructurés (écuries,
pressoir, magazins): ce sont les vieilles caves du Palais Alfieri et
d'une autre famille Pellicciotti. Un autre Palais, qui avait plusieurs
portails en pierre, s'élevait à la fin de Via Castello, en face des
cantines sculptées de L'Annunziata et de l'hypothétique château. Au
XIXème siècle, au-dessus de ces cantines, s'élevait une autre maison
privée, celle où naquit Marino Turchi, chercheur et hygièniste à l'Université
de Naples. Les Persiani et, plus tard, les Finamore, les Alfieri, les
Tozzi, les Turchi et les Pellicciotti étaient les "seigneurs"
du lieu; il dominèrent et conditionnèrent la vie du village à
partir du XVIIème siècle. Ils possèdaient, avec le clergé, toutes
les terres cultivables, qui se trouvaient à proximité des églises et
des monastères. Le reste du territoire était essentiellement constitué
de forêts. Les paysans vivaient retranchés dans le village, dans des
habitations très pauvres, juste une ou deux pièces, pleines de gens et
chauffées par les animaux des étables sous-jacentes.
La structure architecturale de toutes les maisons du Paese
Vecchio est extrêmement simple. Les habitations sont en partie creusées
dans la roche ou bâties avec des roches calcaires.
La fin de la féodalité, (1806 Joseph Bonaparte, roi de Naples)
marque le début du déboisement pour créer des nouvelles terres
cultivables. La lecture du livre de Finamore "Le condizioni
economico-agricole di Gessopalena", donne un aperçu des conditions
de vie dans le village après l'unification de l'Italie.
Au XVIIème siècle, il y a à Gessopalena beaucoup d'avocats et
de notaires (familles Sirolli e Del Peschio). Entre 1580 et 1873, on
compte 24 notaires; dans la même période, on en compte plus, seulement
dans des villes telles que Chieti, Lanciano, Vasto et Atessa.
En 1705, le terrible tremblement de terre de la Majella détruisit
les Palais du Paese Vecchio. Ils furent reconstruits dans le cours du
XVIIIème siècle.
Plus tard, la population commença à abandonner le vieux
bourg. Le village s'aggrandit donc vers le sud-ouest. On assista à la
création de nouveaux quartiers dont celui de Via del Popolo. C'est ici
que naquit Gianvincenzo Pellicciotti, dans la maison voisine du Palais
De Liberato-Tilli. Les
nouvelles classes sociales cherchèrent la liberté hors du Paese
Vecchio que les seigneurs, les artisans et le peuple le plus démuni
continuèrent à habiter. Les rivalités locales entre ces deux
quartiers survivront jusqu'en 1959.
Cette année-là, la colline de
craie sera définitivement abandonnée par ses habitants.
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